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La diaspora camerounaise joue un rôle majeur dans le rayonnement du Cameroun à travers le monde dans les sciences fondamentales, notamment dans la recherche spatiale. Le physicien camerounais Patrice Désiré DONGO qui est chercheur au Centre de Recherche de Microgravité de l’École polytechnique de l’université Libre de Bruxelles en Belgique a participé récemment à une mission de recherche spatiale grâce à un vol parabolique de l’Agence Spatiale Européenne. Voici notre entretien exclusif avec ce chercheur qui circule vers les sphères les plus élevées de la connaissance.

L.V.C : Bonjour M. Patrice Désiré DONGO. Permettez-nous de vous demander de nous parler de vous. Qui est le physicien Patrice Désiré DONGO pour nos lectrices et  lecteurs?

 P.D.D : Bonjour Monsieur et merci pour l’intérêt portée sur ma personne. Je suis Camerounais. Âgé de 36 ans, titulaire d’un doctorat en physique option électronique obtenu à l’université de Dschang. Mes travaux de recherche de manière synthétique ont tour à tour porté sur la conception, simulation et réalisation d’un contrôleur de charge intelligent pour la gestion des batteries dans les centrales d’énergie nouvelles et ensuite sur l’optimisation du rendement des cellules photovoltaïques. Je fais partir depuis 5 ans de l’équipe de recherche coordonnée par le Dr Carlo Saveirio Iorio et dirigé par le Pr Frank Dubois « Microgravity Research Center » du laboratoire de chimie-physique de la faculté polytechnique de l’université libre de Bruxelles. Environnement qui m’a gracieusement permis d’embrasser de manière consistante la recherche appliquée et d’élargir mon univers scientifique. Nous sommes spécialisés dans les sciences des matériaux, énergie, management thermique, électronique organique, instrumentation pour ne citer que ceux-là.  Ensemble des spécialités ou j’ai eu le privilège sur de nombreux projets d’y faire immersion.  Pour mettre en extension quelques un de ces projets   dont j’ai eu la charge de conduire et d’encadrer des étudiants il y’a le projet Icing et RAWINTS de l’OTAN. Participation au projet de lancement de MASER 14 ARLES de l’ESA, préparation de plusieurs campagnes vol paraboliques  et à ce jour en charge du projet GICE de la graphène Flagship de l’Union Européenne et de Airbus au sein de notre unité de recherche pour ne citer que ceux-là. Mes travaux de recherche à ce jour portent principalement sur la détection et le contraste du givre sur les structures objets terrestres et aériens (voiture, avions, navette . . .). Je suis co-fondateur de la jeune association SA&DE entendons par là Savoir et Développement dont une de nos missions est de promouvoir l’éveil scientifique de l’enfant en Afrique car passionné d’une recherche au service de l’humain et qui vise véritablement et significativement à transformer et à améliorer la qualité de vie de son environnement.

L.V.C : Vous avez honoré l’Afrique et le Cameroun en particulier lors votre mission de recherche qui s’apparente à un vol à bord d’une navette spatiale vers la station internationale à environ 400 km au-dessus de nos têtes.  En quoi consistait votre recherche et quel est l’objectif visé par votre travail qui vous a permis grâce à ce vol parabolique de vivre des sensations fortes à la fois de flotter  dans l’espace mais aussi de faire des rechutes dans l’atmosphère terrestre avec aussi parfois le sentiment de peser deux fois votre poids à certaines phases de ce vol?

 P.D.D : De manière holistique le vol parabolique apparait comme étant un moyen de simuler le comportement d’autres planètes sans avoir besoin de s’y rendre et de pouvoir apporter des réponses, des questions et hypothèses de recherche lorsque les systèmes sont soumis aux influences des pesanteurs caractéristiques de ces planètes. A ce propos nous avons embarqués deux expériences à bord de la Novespace . L’une consistait à étudier le phénomène de condensation sur des surfaces hydrophobes et l’autre la capacité d’une goutte d’eau à pouvoir se détacher d’une surface glaciophobe sous l’influence de l’hypergravité, de la pesanteur martienne, lunaire et de l’apesanteur.

L.V.C : Lorsqu’un physicien camerounais comme vous arrive à atteindre ce niveau dans la recherche fondamentale en côtoyant d’autres scientifiques de haut niveau des centres de recherche ou d’universités prestigieuses d’Europe, d’Amérique du Nord, d’Asie et d’Océanie par exemple, qu’est-ce que vous pensez à l’instant dans votre combinaison en plein vol avec votre équipement de recherche au milieu des autres qui sont probablement admiratifs de voir aussi un Africain d’un pays pauvre?

 P.D.D : Permettez-moi avant tout propos de préciser qu’il se n’agit pas essentiellement de la recherche fondamentale mais d’une recherche appliqué soutenu et éclairée par les fondamentaux de la science. Je vais également faire cette digression, à travers laquelle je voudrais ici partager un sentiment personnel qui m’a permis de vivre la simplicité royale et légendaire de chercheurs et  scientifiques de  haut vol avec lesquels je suis en contact ,que j’ai la grâce de fréquenter qui  vous enseigne  par leur personne que chacun de nous à sa modeste contribution à apporter et aucune d’elle ne doit être négligée ni méprisée  et la part belle et incontournable de l’intelligence collective  véritable dans la réalisation des objectifs de développement ambitieux, entendons par là notre capacité de se mettre ensemble pour porter un idéal commun ..Je vais citer ici quelques-uns  tel que Biliyar N Bath de la NASA, Antonio Verga de l’ESA  pour ne citer que ceux-là  qui sont  des personnes inspirantes tant sur le plan humain  que scientifique. J’ai avant de participer à cette campagne organisée par l’agence spatiale européenne de concert avec ses partenaires dans le monde, contribué à la préparation au sein de notre équipe de recherche à la mise en œuvre des dispositifs expérimentaux destinés à cette mission. Au milieu des autres dans ma combinaison un sentiment de profonde gratitude envers celui qui fait don de la vie en la personne du très Haut, chacune des personnes qui de près ou de loin à contribué à ma formation humaine et scientifique dont la conjugaison des actions me donne à ce jour de vivre cette belle aventure scientifique riche d’édification et d’apprentissage. Un profond désir de mettre au service de mon pays, mon continent et partager avec mes jeunes cadets et frères tout ce que j’ai appris.

L.V.C : Que ressentez-vous lorsqu’on est l’un des rares africains probablement le second dans l’histoire après le jeune entrepreneur Blanc Sud-africain Mark Shuttleworth qui à 28 ans en 2002 s’était payé un voyage de luxe à la station internationale dans l’espace pour 20 millions de dollars pour vivre une expérience unique en apesanteur?

 P.D.D :   Bien qu’étant le seul africain ayant pris part à cette campagne je pense qu’il y’en a sans doute qui   m’ont bien précédé dans le cadre de cette aventure dont j’ignore l’identité. Je dois dire en effet que choisir d’aller vivre l’apesanteur pour satisfaire une curiosité ou à des fins de loisirs est désormais possible moyennant un certain budget. Ma plus grande satisfaction a été simplement d’y participer afin d’apporter ma modeste contribution scientifique à une problématique de recherche pour des applications spatiales.    

L.V.C : L’Union africaine a créé une Agence spatiale africaine qui a pour siège en Égypte.  L’Afrique du Sud et le Nigeria sont des poids lourds en Afrique dans ce domaine parce que chaque pays avait créé respectivement une Agence spatiale. Le Nigéria envisage envoyer un Nigérian dans l’espace en 2030 alors que l’Afrique du Sud par exemple va abriter  le Square Kilometre Array, le plus grand radiotélescope mondial développé pour sonder les confins de l’espace. Que peut apporter la recherche dans les sciences fondamentales, notamment dans le domaine spatial en Afrique et au Cameroun en particulier?

 P.D.D : Je vais relativement à cette question me permettre d’emprunter l’analyse d’un aîné que je partage l’appréciation en la personne du Burkinabé Sékou Ouédraogo dans  son interview accordée à SciDev.net le 03/07/2019 sur la nécessité pour l’Afrique de la création d’une agence spatiale.  Il est clair que vue de la fenêtre occidentale, l’implication active de notre continent et de mon pays le Cameroun en particulier peut au premier abord apparaitre comme un luxe et relever de l’exotisme intellectuel ce qui n’est à mon avis pas le cas. Il est vrai que la recherche spatiale exige de moyens faramineux ce qui peut s’avérer inaccessible pour de nombreux pays africains pris de manière isolée. Cependant la mise en commun des efforts des pays du continent peut rendre ce challenge possible. La recherche spatiale en Afrique aidera à jouer un rôle important dans de nombreux secteurs tel que celui de l’agriculture, la sécurité aussi bien aérienne, maritime que terrestre, la localisation pour ne citer que ceux-là.  En guise d’illustration c’est le cas du programme des nations unies UNOOSA qui vise à exploiter les données des satellites de télédétection pour collecter des paramètres clés qui aideront les agriculteurs à des prises de décisions pour améliorer le rendement de leurs cultures ce qui pourra aider à réduire significativement la faim.  La recherche spatiale est un levier très important de développement technologique ce qui peut expliquer la place de choix accordé par les pays du Nord. L’intérêt porté aux drones pour diverses applications au Cameroun témoigne d’ailleurs de notre volonté de tirer profit des bienfaits de la recherche spatiale. Fort de ce que j’ai dit précédemment, il ressort très clairement à mon avis que la recherche fondamentale à elle seule bien qu’importante voire indispensable ne suffit pas pour avoir un apport significatif dans le domaine spatial et pour le Cameroun. Elle est en effet le résumé des nombreuses expériences réalisées ce qui est le point de départ de l’énonciation des principes et fondements de la science fondamentale. Il est à mon avis dès lors indispensable que la science fondamentale et la science appliquée soit mis ensemble pour contribuer à la promotion de la recherche spatiale qu’importe le lieu où on l’applique et pour le Cameroun en particulier enfin d’en tirer le plus grand profit de sa vitalité. 

L.V.C : Le physicien anglais Isaac Newton pensait à l’époque de sa célèbre découverte sur la gravitation universelle avec la chute d’une pomme que l’espace était euclidien donc plat alors que les découvertes d’Albert Einstein sur la Relativité ont montré finalement que l’espace est plutôt riemannien donc courbe et que la gravitation universelle était une conséquence de la courbure de l’espace. Est-ce à dire que la physique classique ou newtonienne n’a plus de valeur aujourd’hui devant la physique relativiste ou einsteinienne? 

 P.D.D : Non toutes les deux ont chacun son importance et dans le programme de physique dédié aux jeunes de terminales de classes scientifiques les domaines de validité de ces deux théories sont  entre autre élucidés.

L.V.C : Malgré cette évolution de la recherche en physique théorique confirmée notamment grâce au télescope Hubble, les spécialistes de la mécanique quantique, notamment Paul Dirac, Werner Heisenberg et Erwin Schrödinger  ont eu un vieux débat avec Einstein qui a toujours pensé que Dieu ne joue pas aux dés parce que le Principe d’incertitude de Heisenberg ou Principe d’indétermination  nous rappelle qu’à l’échelle atomique, le seul fait d’observer une particule en perturbe la trajectoire et c’est la raison pour laquelle il serait difficile de savoir avec exactitude à la fois la vitesse et la position d’une particule d’où la fameuse équation dans laquelle la constante de Planck joue un rôle central. C’est excitant d’en parler et les chercheurs africains et de la diaspora apportent-ils un apport non négligeable aux sciences fondamentales aujourd’hui? Si oui, pouvez-vous citer quelques noms, notamment de Camerounais?

 P.D.D :  Sans aucune hésitation, oui. Même s’ils demeurent dans l’ombre et presque jamais en première ligne dans les unités de recherche ils sont si nombreux à ce jour. Quelqes noms me viennent aussi vite à l’Esprit, notamment les physiciens Sud-Africain Neil Turok, McLeod Cormack, les Marocains Rachid Yazami, Rajaa Cherkaoui pour ne citer   que ceux là.

 L.V.C : Quel est votre message à la jeunesse africaine, notamment camerounaise pour suivre votre exemple aussi bien aux jeunes filles qu’aux jeunes garçons lorsque je me rappelle que ma fille en janvier 2012 à 4 ans me confiait dans un échange que son souhait serait de comprendre pourquoi un objet lancé en hauteur retombait quel que soit la force impulsée sur l’objet en question?

 P.D.D :  Je dirais à mes frères et sœurs d’y croire et  que chacune des réalités principalement celles qui nous émerveillent d’essayer au mieux de les laisser nous parler car en chacun de nous se trouvent des capteurs favorables à une chose ou à une notre. Dès lors, ne pas se lasser au point de nuire si besoin toutes les personnes qui nous entourent et susceptibles de nous aider (enseignants, aînés académiques . . .) afin qu’elles nous aident par leur contribution à sublimer chacune de nos pensées. De ne pas reculer devant la volonté de comprendre fort de tout les moyens à notre disposition telles les revues scientifiques, les documentaires, l’internet . . . toutes les choses utiles qui nous passionnent et qui selon nous peut aider à transformer notre environnement et améliorer notre qualité de vie et celle de notre continent tout entier. S’ouvrir à l’idée de mettre ensemble nos intelligences et nos compétences pour réaliser des projets ambitieux qui aideront davantage au développement de notre continent et celui de nos pays respectifs.  Je voudrais insister sur un point celui d’utiliser de manière profitable les outils technologiques modernes à notre portée.

                                                Propos recueillis par Ferdinand MAYEGA  à Paris

31.12.AM
 
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